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samedi 20 juillet 2019

Jour de courage de Brigitte Giraud


Livio est lycéen. En cours d’histoire, il se porte volontaire pour un exposé sur les autodafés. Ses recherches le mènent jusqu’à Magnus Hirschfeld, un médecin allemand, premier chercheur à s’être intéresser à la sexualité humaine dans son ensemble et l’un des pionniers de la cause homosexuelle, dans les années 30.
Les années 30, en Allemagne. Magnus Hirschfeld sera poursuivi par les nazis. Ses travaux de recherche seront détruits dans l’un des premiers autodafés du Reich.
Livio, en parlant de Magnus, veut parler de lui. De sa solitude extrême, de ce masque qui l’étouffe, de ce silence imposé, pendant que les blagues qui font rire aux mariages se moquent de qui il est.
Quand le courage d’un homme traverse le temps pour inspirer un courage similaire à un lycéen. Le courage se transmet donc ? Pourrait-il être contagieux ? Il suffit parfois qu’un seul homme se lève pour qu’une foule lui emboîte le pas.
Peut-on aussi transmettre son combat ? Faut-il être nécessairement concerné par une cause pour la défendre ? La question de la légitimité a-t-elle sa place dans l’engagement ?
Camille, la meilleure amie de Livio, placée devant le fait accompli, se sent trahie. Peut-on réellement trahir lorsqu’on se révèle tel qu’on est ? Quand on se tient tout entier dans sa vérité ?
Reste à affronter l’impact de ses révélations sur les autres… Le courage n’empêche pas la fuite.

vendredi 28 décembre 2018

L’hiver du mécontentement de Thomas B. Reverdy


Candice a 20 ans. Elle livre des mauvaises nouvelles à vélo dans l’Angleterre de la fin des années 70. En parallèle, elle suit des études de théâtre et jouera Richard III de Shakespeare. A l’heure des grandes grèves de l’Angleterre, Candice n’a pas l’âme d’une révolutionnaire mais elle attend et espère secrètement qu’un changement s’opère. Alors, lorsque le mouvement parti de Ford à Langley s’étend aux transports, aux étudiants, aux ouvriers, aux mineurs…Elle ose enfin lancer ses tracts dans les bourrasques. Candice représente la jeunesse des années 80 en Europe. Une jeunesse atone, sans chemin à suivre et sans trop d’espoir que cela change. Elle rencontre John Jones, musicien sans un sou. Deux êtres de solitude avec la musique comme langage : celui qui fait taire le silence du soir et qui permet de dire « les gens comme ils vont et les choses comme elles arrivent » (p.213).
Cet hiver britannique de 1979 marque la montée du libéralisme économique, l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher, alias Tina (There is no alternative) et annonce les bouleversements économiques et sociaux des décennies suivantes. La pièce de Shakespeare, Richard III, donne une jolie toile de fond à cette réflexion sur le pouvoir, l’humiliation des faibles par les forts, la soumission, la lâcheté, la résistance. Cette valse-hésitation entre la haine et l’amour. (p.84) : « En fait, c’est l’amour et la haine réunis. C’est cela, le pouvoir ».
Tout n’est que lutte : dans les rapports sociaux, dans le travail, dans la création artistique. Au sein même de la famille : lutte pour trouver sa place, lutte pour fuir la violence. Candice et son regard sans concession sur la famille, sur les non-choix, la peur, la duplicité. (p.82) : « c’était un tout notre enfance. L’excuser, elle, pour l’accuser, lui, ça ne marche pas en fin de compte. Elle a laissé faire, voilà. Et même pour supporter ça, il a fallu qu’elle l’excuse bien des fois. Qu’elle l’aime sans doute, ce qui fait d’elle une sorte de complice - à la fois victime et complice ».
L’hiver du mécontentement, le vent de la révolte, la tempête des possibles ?


jeudi 3 mai 2018

Gioconda de Nikos Kokantzis



La Grèce, fin des années 30. Nikos a 7 ans quand il rencontre Gioconda pour la première fois. La fillette a 5 ou 6 ans et vit dans la maison d’à côté, à Thessalonique. Entourés de leurs cousins et de leurs amis, Nikos et Gioconda vont grandir ensemble dans les herbes folles du terrain vague. Une insouciance de courte durée. En 1940, la Grèce est occupée par les fascistes italiens, suivis en 1941, par les nazis allemands.
L’adolescence est une période où les émotions sont décuplées. La guerre accentue encore cette fougue. Le cœur bat plus vite, il aime plus fort. C’est l’heure des frôlements, du rose aux joues et du premier baiser. C'est l'heure de la première étreinte, de la découverte du corps. Et comme tous les amoureux, Nikos et Gioconda pensent tenir la guerre à distance. (P.47) : « Chaque jour nous étions plus forts que la guerre. Car quand la guerre n’existe pas aux yeux d’un homme, elle est déjà vaincue ». Mais on le sait bien, la guerre n’a que faire des amoureux.
A 15 ans, Nikos s’engage dans la Résistance. Il ne sera pas englouti par la guerre mais il ressentira cette intensité de vivre exacerbée par le danger. (P.43) : « L’heure la plus calme, pendant toute cette guerre, fut plus forte et bouleversante que le moment le plus intense en période de paix ». La guerre c’est aussi les privations, les files d’attente, la famine, la persécution. Comme ces hommes juifs, rassemblés, agenouillés de force sur la Place de la Liberté, durant six heures. Pour rien. Pour l’humiliation.
Mais Nikos a Gioconda et Gioconda a Nikos. Cet amour immense, parce que le premier, parce né pendant la guerre et malgré la guerre. Cet amour comme une bénédiction pour ceux qui ont la chance de le vivre, sera aussi la malédiction de Nikos. Comment vivre après ? Quand la vie vous a tout donné, puis tout repris, avant vos vingt ans.
Gioconda est morte à 17 ans, à Auschwitz. Elle a été gazée et incinérée, comme des millions de juifs. Et comme pour des millions, il ne reste plus rien d’elle. Pas de corps, pas de tombe, pas de plaque avec son nom ou son visage. Rien. Même pas la poussière. Nikos Kokantzis a écrit ce livre pour garder Gioconda vivante. (P.77) : « Je crains parfois qu’arrive un jour où je commencerai d’oublier les détails. Cette idée me terrifie. Je veux garder en mémoire à jamais tout ce qui s’est passé entre nous, l’instant le plus infime ».
Ce livre n’est pas le tombeau de Gioconda. Il est la trace indélébile de sa vie. La preuve qu’elle fût et qu’elle aimât. Aucun bourreau ne pourra l’effacer. Et nous sommes désormais les héritiers de Gioconda, de Nikos et de leur amour.
Le Mal a perdu.

mardi 19 juillet 2016

Maures de Sébastien Berlendis

Sébastien Berlendis nous livre des bribes de souvenirs d’enfance, lors de vacances au bord de la mer. Il procède par touches et associations d’idées, sans souci de chronologie. Un patchwork de souvenirs ayant pour fil conducteur la mer, le soleil, le sel et le vent. Pour autant, Sébastien Berlendis ne nous envoie pas une carte postale surannée. Il nous livre plutôt les moments fondateurs, passages de l’enfance à l’adolescence puis à l’âge adulte. La liberté des vacances. Les premiers émois. La découverte du corps. L’écriture à bâtons rompus permet aussi au lecteur d’y calquer ses propres souvenirs, son vécu, ses expériences. Maures nous parle aussi du personnage qui fut central pour l’auteur : son grand-père. Le repère, le guide qui lui fit découvrir la Londe-les-Maures et plus largement la vie. La vie, c’est aussi la mort, inévitablement. La disparition du grand-père précipite la fin de l’enfance. Un pan entier de la vie qui s’en va. Soudain, on est adulte. Il est des personnes qui vous guident, vous soutiennent, vous font avancer dans la bonne direction, celle que vous avez choisie. Des personnes vers qui vous pouvez vous tourner quand vous doutez, quand vous êtes seul ou triste ou gai. Des personnes dont vous savez qu’elles vous écoutent, vous aiment et vous protègent. Qui auront, quoi que vous disiez ou fassiez, un regard bienveillant sur vous. Des personnes qui vous donnent un socle, des valeurs qui vous accompagnent le reste de votre vie. Faut-il que ce socle soit solide, pour tenir quand l’homme s’en va. « Lorsque je parle avec mon grand-père, je continue de croire qu’après une visite je pourrais ajouter des jours et des mois à notre histoire. Puis un matin de mars vient derrière lequel il n’y a plus rien ». Maures est un livre touchant, sans être trop sucré, nostalgique sans être triste. Acide sans être amer. Un livre grave et léger à la fois.