lundi 11 mai 2015

Une liaison dangereuse de Marie Céhère et Roland Jaccard

couverture : Fleur Zieleskiewicz
« Passer l’amour à la machine », chantait Alain Souchon. Ici, il s’agirait plutôt de passer l’amour à la moulinette de Facebook. De premier abord, une jeune fille de 20 ans et un homme de 70 ans, cela tient plus de l’histoire glauque ou de la perversion… De premier abord seulement. Car c’est la magie de la littérature que de prendre nos aprioris et de les tordre pour nous les présenter sous un jour nouveau. Prendre Une liaison dangereuse pour une de ces histoires douteuses où les sentiments s’effacent au profit de relations perverses et malsaines, serait passer à côté d’une formidable histoire, d’une rencontre inespérée, belle et plus salvatrice que dangereuse. Même si, bien sûr, il y a beaucoup de provocation voulue.
Elle : intelligente, brillante, lucide jusqu’à la désespérance, un rien sauvage, et déjà morte deux fois.
Lui : revenu de tout ou presque, provocateur pour oublier sa solitude, nihiliste dans l’âme et à l’occasion, friand de jeunes délurées tout droit sorties d’un manga. Une sorte de grand enfant attiré, de fait, par les jeunes filles de son âge.
Au final : la liaison de deux êtres enveloppés par le voile de la mort. La rencontre entre ces deux-là ne pouvait faire que des étincelles…
Ironie du sort, ces deux âmes qui clament haut et fort (peut-être un peu trop ?) qu’ils ne croient plus en rien et certainement pas en l’amour, nous livrent, au final, une merveilleuse histoire. Cette liaison qui leur fait croire à un danger relève plus du sauvetage mutuel de deux êtres perdus dans un monde auquel ils n’appartiennent pas tout à fait. 
Un livre moderne, novateur, terriblement littéraire. Une formidable réflexion sur les rapports humains et le refus du modèle de vie que nous assène la société. Une réflexion sur la mort également, cette idée de la fin inéluctable de la vie, qu’ils souhaitent choisir si ce n’est maîtriser. Curieusement, ces deux-là qui se réclament si différents des "gens normaux", nous révèlent à nous-mêmes. On en ressort un peu plus proche de soi.  

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