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jeudi 14 mars 2019

Varsovie-Les Lilas de Marianne Maury Kaufmann

couverture : Charlotte Jolly
 de Rosnay

Francine ne s’appelle pas vraiment Francine. En vrai, elle est Edda. Comme elle n’a plus son identité, elle peut tout aussi bien s’appeler Barbara pour un soir. Le nom fait-il la femme ? Perd-on toute identité lorsqu’on tait son nom ? Mais finalement ici, ce n’est pas le nom l’important mais le silence qui l’entoure. Ce silence qui dévore toute parole mais qui ne tue rien de ce qu’il cache. (p.17) : « Le silence n’a rien effacé. Le silence n’a rien à voir avec l’acide. Il ne vainc ni même adoucit quoi que ce soit, il conserve au contraire ». Quelle pire blessure que celle qui ne se voit pas ? Une déchirure qui vous brûle à l’abri des regards. Francine est une estropiée de la vie, sans blessure apparente. (p.148) : « Car elle trompe son monde, elle. Elle qui tient debout. Qui est même désespérément valide et infiniment résistante, qui s’est toujours fait l’impression d’être cette sale bête impossible à crever ».
Francine se tait car personne ne souhaite l’écouter. Alors, elle emprunte inlassablement le bus 96, chaque jour, jusqu’au terminus en changeant régulièrement de rame et de place. Toute la journée, elle traverse Paris dans ce bus 96, puis le soir, elle rentre chez elle. Et le lendemain encore, ce bus, à la recherche d’une oreille qui voudra bien entendre son histoire.
Mais écouter Francine, ce serait prendre sa douleur. Une douleur bien trop grande pour sa propre fille. (p.74) : « Parce qu’on en revient toujours à ça. A ce malheur qu’on ne lui pardonne pas. A ce fil noir, qu’il conviendrait qu’elle tranche. Allons ce qui les sépare, sa fille et elle, Francine le sait bien, ce sont les larmes. Celles qu’elle ne peut pas verser ».
A force de bus, il est fatal qu’on rencontre une semblable. Est-on toujours seul, le jour où l’on rencontre une autre solitude ? Une autre souffrance qui ne parvient pas à se dire ? Il suffisait de peu de chose pour que Francine lève la tête, une main même pas tendue, un visage sans bonté. Juste une autre solitude. Pour se regarder différemment. Pour se reconnaitre. Se retrouver.
Plus que dire, il fallait à Francine la simple possibilité de dire. Juste avoir le droit de parler. Sans forcément en user. Que quelqu’un l’autorise. Et cette tâche si sombre sur le buvard pourra peut-être s’estomper ?

lundi 28 juillet 2014

Le Confident d'Hélène Grémillon

couverture : Ioannis Drakoulidis
Millenium images
Un roman très fort sur la filiation. Une femme découvre au détour d'une lettre, le secret familial qui précède et entoure sa naissance. Un roman sur les origines et les non-dits. C'est un thème qui me touche particulièrement; les secrets qui corrompent les relations. Les choses qu'ont cachent aux enfants et qui finissent toujours par ressurgir. Parfois trop tard. Hélène Grémillon mêle habilement deux genres  : la voix narrative et le roman épistolaire. En tant que lecteur, nous sommes, comme le personnage central, dans l'attente des courriers et de leurs prochaines révélations. Le Confident est surtout une histoire de femmes qui se débattent avec leur destin, sur fond de Seconde Guerre Mondiale. Leur désir d'enfant, l'amour, la jalousie, la colère. Une histoire puissante, admirablement servie par l'écriture d'Hélène Grémillon, tout en finesse. On sent toute la bienveillance de l'auteure pour ses personnages. Certains sont particulièrement perfides, mais à aucun moment elle ne les juge, ou les accable. Car au final ils sont tous humains, dotés d’une sensibilité à fleur de peau. Et tous doivent faire face à une vie difficile, avec les armes dont ils disposent. Et en filigrane, on ressent l'amour indéfectible d'une mère pour sa fille. Le roman pose la question de la maternité :  jusqu'où une femme est-elle capable d'aller pour avoir un enfant ? Quel lien plus puissant que celui qui unit une mère à son enfant ?
Tour de force, Hélène Grémillon ménage le suspense jusqu’à l'ultime page, qui nous cueille au moment où l'on croit avoir tout compris. Du grand art....