lundi 15 octobre 2018

Trois fois la fin du monde de Sophie Divry

Couverture : Paprika

Ce nouveau livre de Sophie Divry tient du conte ou de la fable. Nous avons tous rêvé un jour ou l’autre de nous retrouver seul, plus une âme à l’horizon. Prendre congés de nos congénères. Joseph va être confronté à ce rêve cauchemardesque. C’est un jeune homme révolté, en colère. Il se fait arrêter lors d’un braquage où il a suivi son frère. Parce qu’on n’abandonne pas son frère quand il vous appelle. L’univers carcéral humiliant, violent, déshumanisant fait croître la rage de Joseph. (p.60) : « Ce n’est plus une haine étroite et médiocre, celle des premières humiliations, non, c’est une haine comme une drogue dure. Elle fait jaillir dans le cerveau des consolations fantastiques. Elle caresse l’ego. Elle transforme l’humiliation en désir de cruauté et l’orgueil en mépris des autres ». La prison finit de le convaincre que l’Homme n’est pas fréquentable. A la faveur d’une catastrophe nucléaire, Joseph s’évade. Il survit mystérieusement aux radiations et se retrouve seul dans la zone évacuée. Comme un Robinson du XXIème siècle, il va se reconstruire un monde dans une ferme abandonnée. Il va apprendre le rythme de la nature, se réapproprier son corps, meurtri par la prison. Joseph retrouve son âme saccagée par la haine et le désir de vengeance. Et puis vient le manque. Un chat et un mouton sont ses seuls compagnons. Une vieille cassette de musique est la seule voix humaine autre que la sienne. (p.153) : « Il n’y a pas d’autre regard que le sien ». (P.202) : « Joseph est l’espèce humaine tout entière ». Sa liberté absolue devient sa prison. Son royaume devient cellule. Sophie Divry choisit ses mots avec soin. Elle livre un subtil travail d’écriture pour que la narration passe lentement de la première à la troisième personne. Joseph s’exclut du monde et parle de « vos » maisons, « votre » monde. Puis, doucement, se prend à rêver de nouveau d’un « nous ». (p.233) : « Que ce monde lointain, que ce monde décevant, que ce monde plein d’enfants fragiles et d’êtres humains formidables, que ce monde lui manque… ». Oui. Nous avons tous rêvé un jour où l’autre de nous retirer du monde, de nous libérer des hommes. Consolons-nous, ce ne serait pas vivable.

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