mardi 17 avril 2018

La Serpe de Philippe Jaenada



couverture : Hans Reychman

La première chose qui surprend lorsqu’on ouvre La Serpe, c’est le ton. Un humour ironique, une autodérision qui vous happe. On ne lit pas Philippe Jaenada, on l’écoute. Il nous parle comme on confirait une bonne histoire à son meilleur ami, « tu n’connais pas la dernière… ».
Au détour d’anecdotes, de digressions, il nous raconte l’histoire d’Henri Girard, alias Georges Arnaud, auteur du Salaire de la Peur. Et tueur présumé de trois personnes : son père Georges Girard, sa tante Amélie Girard et la bonne Louise. Triple crime violent, barbare, à coups de serpe. Philippe Jaenada nous embarque dans sa Mériva de location pour un voyage dans le temps. Destination : 1941, Le Périgord.
Au matin du 25 octobre 1941, dans le château d’Escoire, fermé de l’intérieur, trois personnes gisent dans leur sang. Le quatrième occupant du château, Henri Girard, est le seul survivant. Aucune trace d’effraction. Philippe Jaenada se plonge dans les archives. Henri Girard y est décrit comme un homme dépensier, oisif, inconséquent, en conflit avec sa tante. A la découverte des corps, il ne montre aucune émotion et se permet quelques notes sur le piano, à l’arrivée des premiers voisins. Enquête bouclée. Le colonel Moutarde dans le petit salon. Fastoche. Il sera pourtant acquitté.
Philippe Jaenada creuse plus profondément, fouille les archives mais aussi les notes de l’avocat, les rapports d’expertises. Le moindre document disponible est passé au crible. La Serpe est une enquête rigoureuse, minutieuse, admirablement construite, follement vivante. Les faits sont réels, mais le livre est un roman. Élégance de l’auteur qui a changé quelques noms afin de protéger les descendants.
La Serpe est aussi (et surtout) un livre sur la relation père-fils. Georges et Henri, Philippe et Ernest. Que l’on vive en 1941 ou en 2018, un père souhaite le bonheur de son enfant et un fils veut être digne de la fierté de son père. (p. 324) : « Comme quand tu étais petit, je te recommande de bien te soigner et de ne pas prendre mal ». (p.353) : « Si je ne le faisais pas, ce serait fini pour toi d’avoir pour fils un chic type. ».
Philippe Jaenada s’est approché au plus près d’Henri, de ses provocations, de ses failles, de ses contradictions, jusqu’à trouver l’homme derrière le « monstre ». Le tout petit. Riri. Il rend hommage à l’engagement et à la probité des avocats Maurice Garçon et Abel Lacombe. Et au passage, il salue l’intégrité de l’enquêteur Jean Biaux. Philippe Jaenada aime ses personnages, il les couve du regard, les prend par l’épaule et nous les présente, comme on présente des amis à un copain.

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