jeudi 1 février 2018

Le petit terroriste d’Omar Youssef Souleimane


couverture : collection de l'auteur
Voici un livre déroutant, une enfance dans une famille salafiste en Syrie puis en Arabie Saoudite. Omar Youssef Souleimane ne propose pas un récit linéaire, mais plutôt des impressions, des épisodes. Il commence par son arrivée en France, puis laisse ses souvenirs d’enfance remonter à la surface. On découvre un pays (l’Arabie Saoudite) gouverné par l’islam radical. La religion est omniprésente. Elle régit le moindre instant du quotidien : comment s’habiller, comment regarder les autres, quelle main tendre pour recevoir un prix. A l’adolescence, lorsque le corps s’éveille au désir, la religion agit comme une chape de plomb. Tout est interdit, pêché. Il y a de la peur et de l’angoisse dans chaque page de ce livre. Sentiment d’oppression, d’étouffement : les interdits religieux, la commission de l’obligation du bien et de l’interdiction du mal, les châtiments, les arrestations et la crainte d’être écouté par des agents infiltrés. 
Comment parvient-on à se libérer de son éducation quand toute sa vie, son comportement, son rapport au corps et aux autres, sont conditionnés par la religion ? Comment s’affranchir de sa propre famille ? Les poèmes d’Eluard et Aragon sont-ils suffisants ? Pour Omar Youssef Souleimane, les premiers questionnements apparaissent lors d’un pèlerinage à la Mecque. (p.160) : « On payait cher pour ces circonvolutions, alors que nous aurions pu faire la même chose autour de n’importe quel bâtiment dans une ville quelconque : quelle est la différence ? Allah n’est-il présent qu’à la Mecque ? ». Mais le jeune Omar lutte encore pour être un « bon musulman », torturé par les « mauvaises » pensées qui l’assaillent. (P.173) : « Je voulais devenir un martyr le plus vite possible pour apaiser la douleur causée par le doute et aller au Paradis »
La figure maternelle joue incontestablement un rôle dans le choix d’Omar Youssef Souleimane, de s’émanciper de l’islam radical. (p.197) : « Si ma mère n’avait pas été là, la famille se serait disloquée. Pour nous, elle représentait la liberté, la patience, la tendresse et le sérieux. Le départ de notre père n’aurait rien changé, si ce n’était nos revenus ». Constat cruel. C’est pourtant l’arrestation et le passage à tabac de son père qui poussera Omar Youssef Souleimane à quitter la Syrie et rejoindre la France. Contraint de choisir entre la liberté et son éducation, la solitude et sa famille. (P.206) : « Sans Dieu, c’est comme si désormais ma vie était pleine ».


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