lundi 17 juillet 2017

Ma Reine de Jean-Baptiste Andréa

Couverture ; Quintin Leeds /
Ellen Kooi
Shell est un enfant différent. Sa perception du monde n’est pas la nôtre. Il ne comprend pas l’ironie ou le second degré. Il ne connait pas les faux-semblants, non plus. Le médecin dit que sa tête a arrêté de grandir. Mais le docteur Bardet n’a pas compris. (p.70) : « Ma tête, au contraire, elle était grande, bien plus grande que celle des autres. C’était le monde qui était petit ». Shell n’a pas les mots. Il ne sait pas se raconter, dire, expliquer (P.72) : « Quand je voulais dire quelque chose d’immense, ça finissait toujours petit ». Shell veut devenir un homme, prouver à ses parents qu’il peut suivre son propre chemin, quitter la station-service. Il veut faire la guerre, comme le font tous les hommes. Alors il fugue. Et commence un voyage initiatique qui le mènera jusqu’à Viviane. Une jeune fille en souffrance qui s’est construit un château de vent pour se protéger. Ces deux âmes perdues vont tenter de s’apprivoiser. Jean-Baptiste Andréa nous plonge dans le monde de l’enfance, à la fois cruel et terriblement poétique. L’innocence de Shell nous ouvre les yeux sur notre propre monde. (p.154-155) : « Ce matin-là, dans cette pièce toute jaune de soleil neuf, j’ai compris quelque chose d’important. J’étais bizarre, pas normal, plein de problèmes, d’accord. On n’arrêtait pas de me le répéter. Mais finalement, tout le monde était comme moi. Les autres avaient aussi leur Malocchio, leurs cauchemars à eux, ils leurs donnaient juste d’autres noms ». Et l’on se dit que Shell n’a pas la même perception du monde que nous. Mais la sienne est peut-être plus lucide. Jean-Baptiste Andréa manie les mots avec précaution. Chaque phrase est précise. Pas d’effet, pas de lourdeur. Une poésie au cordeau, sans fioriture, mais avec une douceur à fleur de peau. Et cet instant magique : la rencontre entre Shell et Matti, l’ermite. Une compréhension mutuelle, sans mot. Une fraternité de silence et de regard. (p.208) : « j’ai annoncé que je partirais le lendemain matin, il a haussé les épaules, c’était son geste pour dire « c’est bon » (…) On n’a pas eu besoin de se sourire, on le pensait fort ». Ce petit garçon, avec sa tête trop grande pour un monde trop petit, est bouleversant de pureté. On voit un caillou, quand il cache un diamant.

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