mardi 23 février 2016

En attendant Bojangles d’Olivier Bourdeaut


Couverture : Valeriy Kachaev
Voici sans doute l’une des plus belles découvertes de la rentrée littéraire de janvier…. Une fable fantasque mettant en scène un couple d’amoureux chroniques, sous l’œil admiratif de leur fils. Un conte poétique, léger, doux-amer au charme subtil et légèrement désuet. Une histoire d’amour jusqu’au-boutiste. Elle, sérieusement atteinte d’une folie douce, refusant obstinément la réalité, préférant la fantaisie, le décalage, jusqu’au vertige. Lui, amoureux transi, un brin frappadingue et adepte de la folie consentante. Tous les deux se vouvoient, s’inventent un quotidien magique, une bulle de folie dans la grisaille du monde. Et au milieu, un peu en dessous, leur fils, qui observe, apprend, rêve à leur côté. Et en attendant ce Bojangles charmant, sautillant, on se prend à y croire, à en rêver… On jalouse un peu ce couple qui se réinvente, jusque dans les prénoms, chacun matin. Cette femme libre qui apprend à son fils à mentir, à l’endroit et à l’envers, pour lutter sans fin contre la réalité étouffante. Cet homme fou d’amour qui promet, jure et ne renonce jamais. Cet enfant qui se demande « mais comment font les autres enfants pour vivre sans mes parents ? ». Il y a chez Olivier Bourdeaut une douce mélancolie sous le rire, une tristesse dans la joie, comme dans la chanson de Nina Simone… Cette fable n’est pas si légère qu’elle veut bien s’en donner l’air, car on le sent assez rapidement, tout cela n’est pas voué à tenir. Olivier Bourdeaut sait admirablement bien décrire la légèreté apparente, le poids des sentiments et la fêlure de ses personnages. Ce livre est, avant tout autre chose, une magnifique déclaration d’amour d’un enfant à ses parents. Un enfant qui parait parfois plus adulte que ses parents et à la fois plus fragile. C’est aussi, un livre sur la transmission : comment aider son fils à garder cette magie, cette naïveté lucide de l’enfance. Une richesse inestimable ! Et puis, c’est bien sûr une sublime histoire d’amour. Avec, en creux, le portrait d’un homme prêt à tout par amour, sans compromission, sans concession, sans hésitation. C'est le père qui m'a le plus émue, par sa façon si tendre de parler de sa femme et sa façon si forte de l'aimer. Dernier petit conseil, lisez ce livre avec en sourdine Nina Simone En attendant Bojangles… Et dansez, dansez.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire