lundi 1 juin 2015

Confiteor de Jaume Cabré

couv : Xabier Mendola

Un chef d’œuvre éblouissant d’érudition et de finesse. Confiteor retrace l’histoire de l’Espagne et plus largement de toute l’humanité, à travers le prisme des Ardevol. Adria Ardevol entreprend de raconter l’histoire de sa famille ; et notamment la vie de son père Felix, un collectionneur d’objets anciens. Nous suivons ainsi les pérégrinations de ces objets : tableaux, manuscrits originaux et surtout une médaille et un violon, le Vial de  Storioni, du XVIIeme siècle. Jaume Cabré nous entraine sur le parcours de ces objets pour dessiner en creux l’histoire de sa famille et la trajectoire de l’Espagne, à travers les périodes les plus noires de l’Histoire : l’Inquisition, la Seconde Guerre Mondiale, le Franquisme. Il nous emmène, tels des passagers du temps, d’un monastère du XIVème siècle à l’atelier d’un luthier du XVIIème siècle, en passant par l’abomination d’Auschwitz. La lecture n’est pas facilitée par une chronologie chaotique et des règles de ponctuation foulées au pied. Mais tout cela fait sens. Il n’y a aucun effet superflu de la part de l’auteur. Chaque personnage (et ils sont nombreux) est doté d’une épaisseur, d’une présence ; parfois avec si peu de mot. C’est le personnage le plus éphémère de tous, qui vous reste à l’esprit, comme marqué au fer rouge. Des semaines après la lecture de ce roman, ce petit morceau de tissu sale m’obsède encore… Je garde aussi en tête cette réflexion sur Primo Lévi et Paul Celan : « Ils sont morts d’avoir écrit l’horreur. Ecrire c’est revivre. » (p.652).
Confiteor forme une fresque de l’humanité à tous les âges, avec cette constance de l’être humain dans la médiocrité, la malignité et la bassesse. Jaume Cabré dresse un portrait sans concession et sans illusion de l’Homme. Et, la dernière page tournée, on reste longtemps un goût amer en bouche. Confiteor : un roman lumineux, flamboyant, comme l’éclat d’une étoile à sa mort.


Aucun commentaire:

Publier un commentaire